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 Quelques brocarts appliqués en Midi-Pyrénées . (brocart, peinture murale, feuille d'or)

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AuteurMessage
françoise
Admin


Nombre de messages : 808
Date d'inscription : 14/03/2008

MessageSujet: Quelques brocarts appliqués en Midi-Pyrénées . (brocart, peinture murale, feuille d'or)   Dim 30 Mar 2008 - 8:11

Au cours de mes différents travaux en Midi-Pyrénées, j’ai eu trois occasions de trouver des brocarts appliqués, en peinture murale et en sculpture polychrome. Et, dans les trois cas, les brocarts appartiennent à des œuvres particulièrement riches et soignées, manifestement réalisées par des ateliers issus des écoles du nord.

Un petit rappel sur les brocarts :

Le Moyen-Age a vu se développer un commerce de tissus de luxe importés d’Egypte ou de l’empire de Gengis Khan. L’Europe se met au façonnage de ces riches étoffes de soie brochées d’or et d’argent, comme on peut le voir en Italie dans les foires de l’époque. Le vocable de brocart est utilisé pour qualifier ces tissus enrichis, au tissage, de fils d’or ou d’argent. Ce terme n’a cependant aucune signification technique (« Brocarts célestes », catalogue d’exposition au Musée du Petit Palais, Avignon, 1997). Cette industrie a connu une évolution spectaculaire entre le XIIIè et le XVè siècle, car à côté des riches brocarts apparaissent, dans les premières décennies du XVè siècle, tous les types de velours ciselés et rehaussés.

L’art médiéval, que ce soit dans les tableaux, sur les peintures murales ou sur les polychromies des sculptures, a toujours tenté de suggérer, voire de créer l’illusion de ces riches étoffes. Cela se traduit de diverses manières, selon les époques et les pays : d’or ou d’argent, du sgraffito à l’estofado, en passant par les poinçons, les incisions, du gesso sculpté, des rehauts d’or… Puis viennent les brocarts appliqués. « Cette technique, habituellement considérée comme bruxelloise, consiste à appliquer sur les vêtements des motifs en léger relief, qui peuvent ensuite être rehaussés d’or, de couleurs ou de laques dorées. On distingue les brocarts couvrants dont les plus anciens portent des motifs complexes, souvent figuratifs, composés de végétaux, d’animaux, d’oiseaux…etc. Ces brocarts sont constitués de feuilles juxtaposées, souvent sous forme de rectangles de quelques centimètres de côté. On trouve aussi des brocarts isolés qui forment des motifs parsemés sur un fond uni. Enfin il y a des brocarts en forme de bande le long des bordures de vêtement pour imiter des broderies ou des galons de passementerie » (« Techniques de la polychromie de quelques sculptures brabançonnes : quelques réflexions », Agnès Cascio et Juliette Lévy, dans « Retables brabançons des XVè et XVIè siècles », Actes du colloque organisé par le musée du Louvre les 18 et 19 mai 2001, La Documentation Française, Paris 2002)
Ces motifs en reliefs peuvent être diversement obtenus : papier gaufré, colle protéique chargée de craie, moulages de cire, moulages d’huile chargée…
- Les peintures murales de la chapelle Saint-Exupère à Blagnac (31)
Les peintures murales de la chapelle retracent la vie de saint Exupère. La narration se fait grâce à 10 panneaux, 4 sur le mur ouest, 6 sur le mur nord et 4 sur le mur est, en dessous desquels est écrit l’intitulé de la scène. Seuls les panneaux historiés des murs ouest et nord de la chapelle sont originaux, ceux du mur est ainsi que les décorations de la voûte et du reste des murs sont une réfection datant du XIXème siècle.
Ces peintures ont été longuement étudiées et leur datation controversée. Datées du XIVème siècle par Messieurs Du Mège et Cartailhac, elles étaient du XVème pour l’abbé Bacalerie, et de 1550 pour Robert Mesuret et Clémence-Paul Duprat. Finalement, un des derniers articles qui leur est consacré par Pascal Julien les date du premier quart du XVIème siècle (Julien (P), La chapelle Saint Exupère à Blagnac et sa restauration au XIXème siècle, Mémoires de la SAMF, tome LVI, 1996).
Dans la littérature, ce cycle est qualifié de « fresque ». Bien que nous n’ayons pu faire d’analyse, j’ai plutôt tendance à penser qu’il s’agit de peintures à l’huile. Nous avons notamment constaté en plusieurs endroits une sous couche ocre jaune, strate normalement utilisée en peinture à l’huile sur mur et jamais lors de la technique à fresque.
Ces peintures ont subi plusieurs interventions antérieures jusqu’à la restauration, à la fin du XIXème siècle, par Bénézet qui a également peint les quatre scènes du mur est.
Nous avons pu retrouver sur les scènes du labour et du sacre de Saint-Exupère des traces de feuille d’or, et de brocart appliqué. Les nimbes étaient également dorés. Ceci met en évidence la qualité et la richesse de ces peintures lors de leur création. La présence de dorures était encore bien visible en 1836. L’article de JBG Belhomme dans les Mémoires de la SAMF de cette année là le montre bien. A propos de la Consécration de Saint-Exupère (panneau 3), il écrit : « … deux évêques consécrateurs placent la mitre sur la tête du nouveau prélat. Ils portent la chape d’or … Exupère est assis sous un dais d’étoffe bleue orné de franges d’or. Il est aussi vêtu d’une chape précieuse » (Belhomme (JBG), Mémoires de la SAMF, tome second, années 1834-1835).
Si les différentes interventions antérieures, et particulièrement celle de Bénezet, ont donné aux peintures un aspect terne et pastel, les chroniques du XIXème siècle évoquent une peinture très vive et richement décorée. Par exemple, Belhomme décrit ainsi la scène du transfert des reliques de Saint Exupère : « Le corps est étendu sur un brancard, il est recouvert d’un tapis orné de broderies. Deux capitouls revêtus de leur robe mi-partie de noir et de pourpre et brodées d’hermine soutiennent le bâton de devant. » Quant à Bénezet, il insiste sur la vivacité des couleurs en évoquant la scène du sacre de Saint Exupère : « Rien de chatoyant, de soyeux, de frais et de vrai comme les étoffes du costume des prélats. » (Benezet (B), Les peintures murales de la chapelle Saint-Exupère, in Massot, Saint Exupère, évêque de Toulouse et patron de Blagnac, Toulouse, 1887)



- Les peintures murales des niches de la chapelle du Sacré-Cœur de la cathédrale de Cahors (46)
La chapelle du Sacré Cœur comporte quatre niches qui ont été murées au XVIIème siècle, les murs de comblement ayant été peints avec des représentations de la vie de la Vierge. Les niches, dont on peut encore voir les encadrements sculptés et polychromés, font partie d’un programme décoratif de la chapelle réalisé au XVè siècle. Une étude avec une micro caméra a révélé qu’elles abritaient des sculptures (certainement polychromées), la paroi du fond ayant reçu une peinture murale, et la voûte représentant un ciel bleu étoilé. Il ne reste malheureusement quasiment plus rien de tout ça. Nous avons cependant pu mettre à jour un fragment de peinture murale d’une des parois qui révèle un style « flamand ».
Par ailleurs, les étoiles qui décorent les voûtes des niches sont en relief et dorées à la feuille d’or. Enfin, sur le fond d’une des niches, ce sont des fragments de brocarts appliqués que nous avons pu déceler. Là encore, pas d’analyse mais l’observation visuelle des étoiles en relief font plutôt penser à un moulage à base de cire.
Ces quatre niches participaient donc, avec les bas reliefs au-dessus de la niche nord est de la chapelle, à un chatoyant et richissime programme décoratif, comme il en existe peu dans la région (malheureusement, les bas reliefs, qui ont été largement bûchés, n’ont pas été étudiés une fois la corrélation faite avec les niches. Situés en hauteur, ils révèlent pourtant des restes de polychromie et de motifs en reliefs, et, on peut l’imaginer, des restes de brocarts appliqués…).



- Les sculptures du jubé de la cathédrale d’Albi (81)
48 sculptures en pied ornent l’extérieur et l’intérieur du jubé de la cathédrale d’Albi, réalisé entre 1474 et 1484.
Il s’agit d’œuvres en pierre calcaire polychromées, qui constituent un ensemble exceptionnel, tant au niveau du modelé que de la polychromie. Si toutes comportent de la feuille d’or, seules 8 des 33 sculptures de l’extérieur du jubé sont ornées de brocarts appliqués. Selon Jean-Louis Biget, il est réducteur d’attribuer cet ensemble statuaire à la seule école bourguignonne et « c’est dans le courant de cet art de cour que s’inscrit le chœur de la cathédrale d’Albi (celui des principales cours princières : Bourbonnais, Bourgogne et Avignon) » (Jean-Louis Biget, « Saint-Cécile d’Albi, Sculptures », éditions Odyssée, Graulhet, 1997).
Dans le cadre de l’étude de deux des sculptures du jubé (le Roi Salomon et le prophète anonyme côté sud), des analyses ont été réalisées par le CIRAM (Pessac, 33) afin de déterminer la nature des brocarts. Elles révèlent une technique que l’on retrouve fréquemment à cette époque dans le Brabaçon.
Les brocarts de ces deux sculptures, qu’ils soient isolés ou couvrants, sont réalisés de la même manière. Cela se traduit stratigraphiquement ainsi : une strate jaunâtre légèrement translucide et plus ou moins épaisse constitue la « masse » du brocart. Vient ensuite une feuille métallique sur laquelle est posé un mordant qui reçoit la feuille d’or. Cette dernière est ensuite localement recouverte de couleur afin de créer les motifs secondaires du brocart. Pour le brocart couvrant, il s’agit d’un glacis rouge tandis que c’est un bleu plus opaque pour le brocart isolé du manteau.
La présence de feuille métallique s’explique par le procédé de fabrication du brocart, dans lequel celle-ci joue le rôle d’agent de démoulage. « Les brocarts appliqués, motifs en léger relief, sont obtenus par moulage, puis appliqués sur les sculptures pour imiter les soieries brochées de fils en métal précieux. Le motif choisi est gravé dans du métal ou du bois. Une feuille d’étain est souvent déposée et tamponnée sur la plaque gravée afin de faciliter le démoulage. Un mélange à base de cire ou de colle protéinique chargée de craie est coulé ou appliqué dans le moule. Les fines feuilles en relief ainsi obtenues sont détachées, puis fixées, à l’aide d’un adhésif, sur la préparation ou la couche colorée. Elles sont rehaussées d’or, de couleurs ou de laques dorées ». (« Sculptures allemandes de la fin du Moyen Age dans les collections publiques françaises 1400-1530 », catalogue d’exposition au Musée du Louvre, Paris, 22 octobre 1991 – 20 janvier 1992, RMN)
Nous n’avons aucune explication sur la présence d’un liseré d’aspect rouge foncé - noir entre la feuille métallique et le mordant, visible sur quasiment tous les prélèvements de brocart. Au MEB, il apparaît entièrement noir et ne semble pas correspondre à une strate à proprement parler. Il pourrait s’agir de vide généré par un décollement du mordant par rapport à la feuille d’étain.



De bas en haut : masse brocart (carbone), feuille métallique (étain pur), mordant (minium et phases silicatées), feuille d’or (or pur), bleu (pigment au cuivre : azurite ?), vernis[


Dernière édition par françoise le Jeu 25 Mar 2010 - 13:01, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Quelques brocarts appliqués en Midi-Pyrénées . (brocart, peinture murale, feuille d'or)   Dim 30 Mar 2008 - 17:24

Merci Françoise pour ton texte : j'ai vraiment extra ! C'est pour pouvoir lire des documents comme celui-ci que l'existence du forum prends tout son sens. Encore !
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Quelques brocarts appliqués en Midi-Pyrénées . (brocart, peinture murale, feuille d'or)
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