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 je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)

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françoise morin
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MessageSujet: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Dim 16 Nov 2008 - 18:09

Je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons, … les peintures.


Les produits utilisés pour effectuer des nettoyages chimiques sur des peintures pour éliminer une ou des couches jugées non désirables doivent être compatibles avec la conservation de la couche picturale. Notre souci est donc :
1) de préserver la couche picturale sous-jacente.
Les produits utilisés devront tenir compte de la nature, de l’âge et de l’état de conservation de la couche picturale originale.
2) de trouver un produit qui chimiquement attaquera la ou les couches postérieures que l’on souhaite éliminer.

Les outils que nous utilisons pour quantifier la force de ces produits chimiques sont fonctions de la famille de ces produits.

Pour les solution aqueuses : il y a deux paramètres à surveiller : le PH et la concentration ionique.
On donne des valeurs théoriques à ne pas dépasser : 5<PH<9, l’action chimique du nettoyage se fait par dissociation, plus on s’écarte du PH de la peinture plus le risque d’altération est important. L’emploi de solution tampon est pour le praticien une sécurité : on décide à quel PH on souhaite travailler.
La concentration ionique est le deuxième paramètre à surveiller. On mesure directement la conductance en plongeant le conductimètre dans le bocal de solution de nettoyage (ce qui évite de faire bien des calculs). Pour des peintures à l’huile siccative ancienne (plus de 100 ans) la valeur mesurée restera dans des limites raisonnables : quelques mS.
.
Ce ne sont que des valeurs théoriques et la prudence du praticien s’appuie également sur des observations visuelles : gonflement et ramollissement de la couche picturale. Ce sont des observations qu’il ne faut pas prendre à la légère, le gonflement s’accompagne d’altérations : augmentation et élargissement du réseau de craquelures d’âge, déformation de la matière, diminution de la souplesse ce qui entraîne une fragilité face aux contraintes mécaniques et climatiques et peut conduire à des altérations structurelles de cohésion.

Le nettoyage par solubilité avec un mélange de solvants cherche à solubiliser les couches indésirables qui recouvrent la couche picturale et dont la transparence est jugée trop faible (le vernis par exemple). Chimiquement le mélange le plus adapté (quant il existe) est celui qui solubilise le vernis et qui ne présente pas de danger pour la couche picturale.
Les altérations qui risquent d’apparaître sont très difficilement quantifiables à l’œil nu mais très sérieusement quantifiées par les études récentes sur le sujet. Nous sommes sur des phénomènes complexes où les solvants agissent sur les liants constitutifs de la peinture (huile de lin par exemple) pour extraire de très petits éléments dont le rôle est d’assurer la souplesse du film (*), souplesse au sens physique.
Pour illustrer ce phénomène par un exemple, une peinture qui aura été plusieurs fois nettoyée avec des solvants dangereux sera plus fragile, résistera mal aux chocs (chocs mécaniques ou chocs thermiques) et commencera à manifester sa rigidité par des soulèvements.

Pour ne pas tomber dans des travers de ce type nous employons une gamme de solvants dite « non dangereuse », nous essayons de mettre le mélange choisi sous forme gélifiée (l’augmentation de la viscosité entraîne une diminution importante de la pénétration des solvants dans les systèmes poreux), nous réalisons des contrôles répétés sous ultraviolet et sous binoculaire et nous guettons l’apparition éventuelle des deux symptômes qui annoncent les altérations : gonflement et ramollissement de la couche picturale, ils constituent la limite à ne jamais atteindre pour ne pas endommager la peinture

Les outils du praticien pour naviguer avec les mélanges de solvants sont les paramètres fractionnels de solubilités : fD, fP, fH et le paramètre de Hildebrand. On cherchera à limiter au maximum les différentes forces intermoléculaires des solvants (**).

Lorsque ces deux méthodes (méthode aqueuses par dissociation et solvants organique par affinité structurelle) ne permettent pas d’arriver au résultat escompté, il est possible de travailler sur les deux fronts en même temps : par dissociation et par solubilisation. Les précautions d’emploi sont les mêmes (PH, concentration ionique, limiter les forces intermoléculaires des solvants, guetter le gonflement et le ramollissement de la couche picturale).

Si aucune solution acceptable n’est trouvée, comme cela arrive parfois et que l’aspect esthétique de l’œuvre est peu satisfaisant, les règles de déontologie de notre profession nous conduisent à nous abstenir plutôt que d’endommager de manière délibérée et définitive la couche picturale.



* Bibliographie assez récente sur le sujet :
• Sutherland K.R., 2001, Solvent extractable components of oil paint film, MolArt
• Phenix A., The swelling of artists’paints in organic solvents. Part1 et Part2, en ligne sur JAIC 2002, volume 41, article 4 et 5.
• Phenix A. and K.R. Sutherland, The cleaning of painting : effects of organic solvents on oil paint film, dans Review in Conservation 2, IIC(2001) : pages 47 à 60.
• Solvents gels for the cleaning of works of art, the residue question, ouvrage collectif 2004, The Getty Conservation Institute.

** http://aic.stanford.edu/sg/bpg/annual/v03/bp03-04.html
John Burke, Solubility Parameters: Theory and Application


Dernière édition par françoise morin le Mar 23 Mar 2010 - 8:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Lun 17 Nov 2008 - 12:11

Merci Françoise pour avoir lancé le débat sur les problèmes de nettoyage en offrant une excellente synthèse.
Comme tu le sais je n'ai pas participé au stage de Cremonesi mais j'aimerais savoir dans quel cadre d'intervention de nettoyage tu utilises les solutions aqueuses ? Réalises-tu systématiquement des tests avant de passer à la phase mélange de solvant?
Y-a-t-il ensuite un protocole d'éssais comme il en existe pour Masschelein ?
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françoise morin
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Mar 18 Nov 2008 - 12:08

Pour répondre très directement à ta question, cher administrateur, oui, sur des peintures à l'huile siccative anciennes et vernies je fais toujours des tests de décrassage avant de faire des tests de solubilisation avec des solvants.

le décrassage permet d'éliminer les dépôts qui recouvrent la dernière couche de vernis.

ces dépôts peuvent être solubles dans des solutions aqueuses et pas du tout dans les solvants non polaires. Dans ce cas, si tu ne fais pas de décrassage, les mélanges de solvants que tu devras utiliser pour solubiliser le ou les vernis (si c'est ce que tu cherches à faire) seront des mélanges plus polaires que ceux que tu aurais utilisé si les dépôts avaient été préalablement éliminés.
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Mar 18 Nov 2008 - 18:08

je suis assez d'accord avec cette remarque. En général le décrassage est un préalable nécessaire avant de tenter de solubiliser la ou les couches de vernis. Je suis beaucoup moins calée que toi en chimie, mais d'expérience je me suis rendue compte que le contrôle est meilleur si le décrassage est soigné.
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Mar 18 Nov 2008 - 19:33

Et dans tes solutions aqueuses, utilises-tu des surfactifs et si oui lesquels ?
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françoise morin
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Mer 19 Nov 2008 - 8:44

pour répondre à ta question Olivier, avec les méthodes aqueuses on utilise :
- les bases et les acides
- les complexants ou chélatants
- les tensioactifs ou surfactants
on emploie les solutions sous forme liquide, gélifiée, ou en combinaison avec des solvants non polaires grâce aux émulsions.

le grand patron des méthodes aqueuses c'est sans contestation Richard Wolbers, c'est lui qui a mis au point des méthodes de travail basées sur une étude approfondie de la matière picturale ceci dans les années 80. le principe étant : j'analyse la nature de la couche que je souhaite éliminer et j'en déduis des familles de produits pour le nettoyage. cela suppose une prise de prélèvement, stratigraphie et analyse du liant (par des réactifs chimiques par exemple), il faut un microscope si possible avec un éclairage en fluorescence. cela demande pas mal d'investissement tant au point de vue matériel que du temps passé.
bref, ce n'est pas une méthode de travail adaptée à nos structures d'atelier.

mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, ces méthodes de travail mises au point peuvent être directement exploitées par nous autres petits restaurateurs qui travaillons sans laboratoire ni soutient scientifique. L'INP a organisé durant 4 années consécutives des stages de formation sur le vaste sujet du nettoyage (pas uniquement les méthodes aqueuses). j'ai eu la chance de participer au premier stage avec Paolo Cremonesi en 2005, il est revenu en 2006, puis Wolbers en 2007 et 2008.

ça me semble le moyen le plus facile pour se mettre au courant.
il faut absolument, en préalable à la formation, revoir les cours de chimie ou au minimum relire le Masschelein-Kleiner pour ne pas être larguer durant la première demie journée et perdre tout le bénéfice de la formation. en effet, la durée du stage est courte et il faut en 2 ou 3 jours emmagasiner une somme de connaissances énorme que l'on devra digérer tout seul au retour à l'atelier.
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Mer 19 Nov 2008 - 13:26

françoise morin a écrit:
la durée du stage est courte et il faut en 2 ou 3 jours emmagasiner une somme de connaissances énorme que l'on devra digérer tout seul au retour à l'atelier.

J'ai participé, du 17 au 29 juin 1991, au premier stage Wolbers organisé par géraldine Guillaume-Chavannes à la MST et je ne suis pas sûr, après tout ce temps, d'avoir fini de digerer. A l'époque, pour les besoins de mon mémoire de fin d'étude, j'ai tenté de traduire une partie de son intervention "Notes for workshop on the new methods in the cleaning of painting"(1990). Je tiens bien sûr à disposition ces documents ainsi que mes laborieuses tentatives de traduction.

Pour en revenir à tes propos, j'imagine que tes acides/bases servent à tamponner ta solution afin de rester dans la zone 5<PH<9 et que les surfactifs , selon le milieu et le mode d’application envisagés, possèdent un caractère mouillant, dispersant, détergent ou émulsifiant.
Mais peux-tu me définir le rôle des agents chélatants ? Dans mes vagues souvenirs, ils ont la propriété de fixer les ions positifs : ont-ils pour fonction d’agir sur les surfactifs cationiques ?
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françoise morin
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Lun 1 Déc 2008 - 22:40

en effet les acides et les bases assurent le PH de la solution de nettoyage, quelque soit la nature des dépôts que tu cherches à éliminer, certains dépôts seront plutôt solubles dans les solutions acides, d'autres dans les solutions basiques, avec une solution tamponnée c'est toi qui décide à quel PH tu vas travailler. (non mais!)

les complexants ont une action sur les ions métalliques, ils permettent d'augmenter considérablement la solubilité de certains ions métalliques dans une solution aqueuse qui contient un complexant.
pas n'importe quel ion métallique et pas n'importe quel complexant. il faut trouver le complexant qui augmente la solubilité de l'ion métallique que l'on cherche à solubiliser.

pour nous la difficulté c'est :
- de connaître la nature de l'ion que l'on cherche à solubiliser.
- puis de trouver le complexant qui dans une réaction de complexation va piéger notre ion.
- puis de nous assurer que ce complexant n'a pas d'action trop forte sur nos pigments (qui sont souvent des ions métalliques). pour cela on doit comparer deux données physiques : le pKs du complexant qui est une sorte de coefficient d'efficacité du complexant et la conductivité du pigment que l'on ne souhaite pas solubiliser (toutes les explications sont dans Aqueous methods, R. Wolbers Archetype publication2000)
- puis il faut que ce soit dans une plages acceptable par notre couche picturale (5<PH<9 et concentration ionique faible)

tout cela est bien compliqué et pour revenir au bébé et à l'eau du bain, en nettoyage on peut aussi procéder par tâtonnement. j'essaye et si ça marche alors bingo !

il existe des complexant à large spectre, c'est à dire qui ont une action de complexation sur de nombreux ions.
par exemple le citrate ou l'EDTA.

l'ARAAFU a organisé en 2006 une formation spécifique sur les complexants : Nettoyage et complexants : mécanisme d'action et d'emploi par Régis Bertholon,
je vous recommande vivement de ne pas la rater si elle est reprise.
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MessageSujet: Re: je nettoie, tu nettoies, il nettoie, nous nettoyons les peintures. . (nettoyage, déontologie, méthodes aqueuses)   Aujourd'hui à 2:58

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